L’ ENDROIT

GFURTIVO3Au départ il y a la solitude. Comme celle des lignes à haute tension campées dans les champs. Celle de ces amis métalliques que je regardais par la fenêtre de la voiture et qui me chuchotaient des ondes sourdes. Celle des éoliennes qui me montraient un autre temps. Celle de la voix que j’entendais quand le piano était fermé.
Il y a aussi ce canapé éventré dans une décharge, les nuages anthracites qui chargent à l’horizon, le soleil polaroid qui force au travers. Il y a cette pulsation dans le fond de la piscine, la trace humide d’un jeune orage sur les pavés de Paris, la salle des machines de son paquebot de pierre, le poète pendu rue de la Vieille Lanterne, une actrice au bout de l’océan, sur la colline, qui se jette du grand H. Il y a ce cartable oublié sur les rails de la petite ceinture, l’écho d’une vieille mémoire, de son train fantôme dans le tunnel. Et le dernier sursaut électrique d’un circuit moribond.

Derrière chacun de ces endroits, il y en a un son où rien n’est désolé. Je crois l’entendre parfois. Je voudrais être à cet endroit.